|
|
|
« Lorsque la passion est réellement forte,
il n'est ni digue ni mur que son courant n'emporte »
Une pensée d'Emile Augier qu'il se plaisait à répéter.
|
|
n° spécial
|
Professeur André Kahn
|
|
On me pardonnera le ton personnel de ces quelques lignes.
C'est que l'évocation d'un personnage comme le Professeur André Kahn ne saurait se limiter à des considérations académiques, si prestigieuses puissent-elles être.
Je l'avais rencontré maintes fois pour des raisons professionnelles. J'avais été séduit par la clarté de ses propos, l'évidence de ses engagements, pour tout dire par son rayonnement. C'était un être lumineux qui vous marquait et dont on gardait la mémoire vive.
C'est dire que lorsque, voici bientôt huit années, il me proposa de le rejoindre lui et ses collègues et amis au sein de cette Association scientifique de l'Hôpital Universitaire des Enfants Reine Fabiola, ma réponse alla de soi. Cette route partagée, ce trop bref compagnonnage, constituera pour moi un souvenir précieux.
Sa disparition ce premier jour de septembre, brutale, imprévisible, nous laisse évidemment désemparés. Nous avions coutume, au sein de notre Conseil d'Administration, de faire face aux difficultés qui pouvaient survenir - oh ! combien mineures au regard de celle-ci ! - en faisant front. Que faire d'autre ?
Nous continuerons donc, bien sûr, en dépit de son absence à oeuvrer dans cette même direction comme s'il était toujours parmi nous, même si, comme le chantait le poète, son trou dans l'eau jamais ne se refermera.
Que son épouse Marie de Limelette et ses enfants Laurence, Caroline et Michaël trouvent ici l'expression émue de notre profonde sympathie.
Paul Danblon
Président de The Belgian Kids' Fund for pediatric research
|
Une carrière scientifique et médicale exemplaire
Le Professeur André Kahn que tout le monde considérait comme une sommité mondiale en matière de mort
subite du nourrisson et du sommeil de l'enfant était un homme affable, souriant, décontracté et... sportif.
Ses collaborateurs et collègues en témoignent : il générait sympathie et admiration. C'était un homme de
dialogue.
Le Professeur Georges Casimir se souvient :
« Je revois André Kahn fin des années 70, jeune résident à l'Hôpital St-Pierre, travaillant avec Etienne
Brachet dans le laboratoire du Pr. Victor Connard sur la perméabilité capillaire. Il allait déposer une
thèse en 1980 sur les effets des médiateurs de l'inflammation et de l'endotoxine sur la perméabilité du
mésentère à l'albumine. Avec Denise Blum, il allait dans le secteur des soins intensifs médicaux
pédiatriques, en plein développement, étudier avec méthode et rigueur un vaste ensemble de problèmes :
intoxication au sulfate de mercure, à l'alcool, intoxications aigues chez l'enfant belge et immigré,
facteurs pronostiques de la méningococcémie, le contrôle des états convulsifs lors de la réhydratation,
les solutions de réhydratation orale, la mort subite du nourrisson qui allait devenir le sujet déterminant
de son activité de recherche future et qui lui vaudrait dés 1979 le Prix André Loicq... »
Auteur de plus de 170 publications scientifiques dont une part importante fut consacrée à l'étude du
syndrome de mort subite du nourrisson et à la pathologie du sommeil de l'enfant, il deviendra un expert
mondialement connu dans ce domaine.
Le Dr. José Groswasser qui fut son plus proche collaborateur dans son combat contre la mort subite du
nourrisson raconte :
« Dans ce domaine et celui du sommeil du nourrisson et de l'enfant, j'ai travaillé avec A. Kahn pendant 13
ans. Je voudrais ici témoigner de son apport considérable à l'amélioration des connaissances de la
physiologie et de la psychologie du nourrisson et de l'enfant dans le but unique d'assurer la survie des
plus faibles et d'améliorer la vie de tous les enfants et ... parents.
Pédiatre réanimateur, il fut confronté en 1978 à un malaise grave qui faillit emporter une de ses filles.
Il mit alors en oeuvre son intelligence et son énergie pour comprendre et faire reculer une des dernières
frontières de la mortalité infantile dans les pays industrialisés.
En 1979, il fait partie d'un groupe de chercheurs francophones réunis pour creuser les fondations de ce qui
deviendra, en 1982, le Groupe Étude Langue Française de la Mort Subite du Nourrisson. Ce groupe, comme
d'autres dans le monde anglo-saxon, se lance dans l'exploration du développement des mécanismes contrôlant
les fonctions vitales du nourrisson. Les nombreuses pistes explorées amèneront une meilleure connaissance
du contrôle cardiaque, respiratoire, digestif, métabolique ainsi qu'une meilleure prise en charge des
nourrissons. Aucune piste ne permet d'expliquer la MSN qui reste encore aujourd'hui un mystère, mais André
Kahn a contribué à faire avancer la connaissance en montrant les rôles du contrôle cardiorespiratoire, du
système nerveux autonome et des réactions d'éveil.
La Francophonie lui paraissait trop limitée. Il fut un des créateurs de la EUROPEAN SOCIETY FOR THE
PREVENTION OF INFANT DEATH et lança des collaborations scientifiques avec des équipes de chercheurs
dans le monde entier : le Japon, la Russie, la Pologne, l'Argentine ...
Il monta, en Belgique, un des premiers laboratoires du sommeil pédiatrique, y fit avancer les
connaissances et sut aussi trouver les collaborations qui permirent de mettre au point les
technologies indispensables aux explorations. Très vite conscient de l'intérêt de l'informatique,
il aida à la création d'un système d'exploration du sommeil (adultes et nourrissons) utilisé de par
le monde et qui en est, actuellement, à sa cinquième génération.
|
|
 |
Fin des années 90, l'épidémiologie ouvrait de nouvelles pistes montrant le rôle des facteurs de risque liés
à l'environnement dans lequel dort le nourrisson. Il n'eut de cesse de réconcilier les données de
l'épidémiologie, de la physiologie et de la pathologie. Il fallait, notamment, comprendre pourquoi quelque
chose d'aussi simple que dormir sur le ventre fait courir au nourrisson un risque accru de mourir.
Pour lui, la recherche n'était pas suffisante. Il fallait en faire bénéficier les nourrissons et leurs
familles. André Kahn y mit tous ses talents de rassembleur, de diplomate et de communicateur pour faire
passer dans le public les conseils de prévention. Le résultat ne se fit pas attendre : en 3 ans, on constata
une diminution de la mortalité de plus de 60 %, ce qui représente 150 vies préservées chaque année dans
notre pays.
Ces dernières années, il avait lancé son énergie dans la lutte contre le dernier grand facteur de risque :
LE TABAGISME PENDANT LA GROSSESSE, qu'il abordait en essayant de prévenir l'usage du tabac chez les jeunes.
Là ne s'arrêtent pas les domaines dans lesquels André Kahn a fait progresser les connaissances sur le
sommeil de l'enfant. Il contribua à montrer le rôle des facteurs comportementaux, des intolérances
alimentaires et des erreurs diététiques dans la perturbation du sommeil.
Aucun problème de santé publique ne le laissait indifférent : les accidents domestiques, les morsures de
chien, l'obésité ou encore le bien-être de l'enfant dans ou hors de l'hôpital. Chacun de ces problèmes a
pu bénéficier de son engagement actif et clairvoyant.
Début septembre, il lui restait quatre ans de carrière officielle et il ne pouvait se contenter de
poursuivre les chemins entamés. Ceux qui l'ont vu les jours précédant sa mort ont pu l'entendre parler
avec enthousiasme de ce nouveau champ d'exploration chez les nourrissons vivant en haute altitude qu'il
avait commencé à investiguer avec ses amis d'Argentine.
Beaucoup d'entre nous étions prêts à le suivre sur cette voie ... »
Ses travaux scientifiques avaient fait d'André Kahn un spécialiste demandé et écouté dans le monde entier.
La plupart des grands journaux belges lui ont rendu hommage en soulignant son rôle et son action au sein de
la communauté scientifique internationale. L'ensemble de ses recherches lui avait valu d'être fait docteur
honoris causa de la Tokyo Women's Medical University.
Dans le journal Le Soir, Jacques Poncin suggère d'ailleurs que sa voix douce lui venait sans doute de ses
séjours au Japon où il enseignait régulièrement. Et le journaliste de conclure « Dans cette lutte contre
la mort du nouveau né son seul échec aura été de ne pas pouvoir éliminer le dernier grand facteur de risque :
LE TABAGISME MATERNEL qu'il n'hésitait pas à qualifier de « maltraitance ». Ses derniers apports
scientifiques, élaborés d'ailleurs avec des chercheuses nippones, confirmaient ce caractère meurtrier du
tabac. Mais malgré cette inébranlable conviction, André Kahn n'aura pas réussi à convaincre toutes
les mères ... »
Sa mort fut si brutale que sa dernière grande interview fut publiée par La Libre Belgique à titre posthume.
J.S.

À André Kahn
Nous sommes, André, silencieux sur le seuil de ton propre silence.
Les proches, les amis, les collègues, les étudiants de notre Université ne peuvent imaginer que cette
intelligence si subtile et créative, que cette voix douce et persuasive sont soudainement inatteignables.
Et cependant ton visage souriant et ton humour digne d'une brillante partition musicale sont là tout près
de nous, prêts à nous faire comprendre que l'essentiel est ce que l'on va faire demain pour améliorer la
compréhension du monde et la justice. Tu trouvais dans les livres dont tu t'entourais, dans les paysages
marins, l'Orient et la musique la philosophie qui faisaient barrage à l'âpreté d'une société que tu voulais
plus digne.
Les pédiatres savent combien dans les situations les plus difficiles, l'enfant peut trouver en lui les
ressources ultimes d'une bienveillante sérénité et le souci de construire qui sont une quintessence de ce
que la vie a de plus noble. Tu y étais particulièrement attaché dans ta croisade pour l'humanisation des
soins, aussi dense dans ton existence que ta volonté scientifique de comprendre.
A la tête d'un palmarès de plus de 170 publications scientifiques, animé d'un effort constant de la
promotion académique et humaine de jeunes collaborateurs, notre communauté te doit d'avoir transmis de
nombreux flambeaux aux plus jeunes et d'avoir ravivé des flammes lorsqu'elles menaçaient parfois de
s'éteindre.
Tu t'es, après les Professeurs Dubois et Vis, identifié à l'Hôpital Universitaire des Enfants Reine Fabiola
pour lequel tu as dépensé tant d'énergie, symbole majeur de la place sacrée de l'enfant dans une société
qui doit vivre non pas dans l'instant si éphémère mais imaginer un futur riche et épanouissant pour les
générations auxquelles nous laisserons le monde à notre départ. C'est dans cette optique généreuse que tu
as travaillé.
Ton ardeur dans la défense et l'essor de notre KIDS' Fund, Association Scientifique de l'HUDERF, tu
l'as partagée avec ton épouse Marie, dont le talent sensible de peintre animalier s'exerçant sur les vastes
murs de notre hôpital a permis de faire rêver les enfants et le personnel, échappant ainsi à la dureté de
l'instant.
Echapper au temps, c'est aussi rire.
Cette éclaircie, combien de fois l'as-tu provoquée par un rire irrépressible naissant à tes côtés d'un jeu
de mot délicieux, tantôt référence à une grande culture, tantôt petit jet de flèche pointu d'un enfant
adorant l'espièglerie lancé d'une sarbacane cachée ...
Cette extraordinaire complicité tu as pu la concrétiser avec beaucoup d'entre nous individuellement pour
construire des oeuvres originales ou collectivement pour créer des poèmes de vie denses et chatoyants qui
resteront au delà de toi par le sens même qui les animent et au remarquable pouvoir de séduction que tu
leur as insufflé.
Pour tout cela, André, nous te remercions infiniment.
Professeur Georges Casimir
| Secrétaire de The Belgian Kids' Association for pediatric research |
 |
 |
|
Un clown, c'est supposé être gai,
mais aujourd'hui les clowns sont tristes parce qu'ils ont perdu un ami.
Quand André devait faire un discours officiel au Cirque Royal, à Forest National ou à Kinepolis pour
remercier les sponsors qui soutiennent le travail des clowns à l'hôpital, il nous demandait toujours de
l'interrompre et de l'interrompre le plus rapidement possible.
Et c'est comme ça que, pendant qu'il faisait mine de vouloir continuer son discours à tout prix, on s'est
retrouvé à lui faire de fausses auscultations, à le mesurer, à l'asperger, à lui cirer les chaussures, à
le parodier, à le capturer à l'aide d'un filet et même à le faire léviter ... et il jouait le jeu à
merveille, s'amusant autant que le public.
C'était un immense plaisir pour nous de partager cette complicité.
Cette complicité, il l'avait aussi à l'hôpital. André savait à quel point l'humour est une chose sérieuse
et importante et il a tout fait pour que les clowns puissent poursuivre leur travail et pour que le plus
d'enfants possibles aient leur visite.
A chaque fois que des obstacles au projet clown se sont élevés,
|
en un tour de main dont il avait le secret, André nous a aidés à les surmonter avec sagesse et humanité.
Pendant ces dix années, André nous a choyés avec sa confiance, son enthousiasme communicatif,
son sens de l'humour, sa lucidité, sa générosité, son amitié.
Quand on croisait André dans les couloirs, nous en clowns et lui en Professeur Kahn, c'était à
chaque fois un petit moment de bonheur partagé où il pouvait arriver que nous devenions pour un
instant de faux professeurs et lui un vrai clown. Il avait toujours un nez rouge prêt à
l'emploi dans sa poche.
Merci André pour cette si belle rencontre.
Tu nous as offert une sacrée leçon de vie.
Au nom des Clowns de l'H.U.D.E.R.F.,
Zinzin et Carabistouille
|
|
Au nom de tous les enfants hospitalisés et plus particulièrement des élèves de
l'Ecole Robert Dubois.
Merci d'avoir soutenu l'école par des visites régulières,
des présences lors d'événements rythmant la vie scolaire.
Merci pour toutes ces propositions de projets, sans cesse
renouvelées, qui ont animé notre quotidien.
Merci de nous avoir donné un sentiment de normalité dans
cette période difficile qu'est l'hospitalisation.
Merci pour tout ce temps donné à l'humanisation du séjour
à l'hôpital afin qu'il devienne néanmoins une expérience positive et constructive.
Merci pour toutes les jeunes vies sauvées.
|
Les enfants malades et hospitalisés perdent un défenseur et un militant de leur cause
Le professeur A. Kahn était associé aux travaux du Comité consultatif qui avait été créé depuis
quelques années par le Délégué général de la Communauté française aux droits de l'enfant,
Claude Lelièvre.
Le professeur A. Kahn était particulièrement actif au sein de ce Comité où il avait notamment
présidé une commission des droits de l'enfant hospitalisé, travail qui a débouché sur des
recommandations qui ont été proposées aux différentes autorités compétentes. Ses avis et
conseils relatifs à l'éthique, aux droits du patient, aux devoirs des professionnels de la
santé étaient particulièrement appréciés.
Le Délégué général et son équipe tiennent à redire ici la gentillesse, la disponibilité et le
professionnalisme de l'homme de coeur qui se consacrait pleinement à l'amélioration de la
situation des enfants, plus particulièrement l'humanisation des conditions de vie des enfants
hospitalisés ou malades.
|
|
Les dessins sont l'oeuvre des enfants de l'école Robert Dubois à l'H.U.D.E.R.F.
|
 |
|
La bourse « Professeur André Kahn »
Il y aura bientôt 10 ans que, inquiets du peu de ressources mises à la disposition de la recherche pédiatrique
en Belgique, une poignée de médecins avisés et enthousiastes de l'Hôpital Universitaire des Enfants Reine
Fabiola ont pris l'initiative de créer l'Association Scientifique de l'Hôpital Universitaire des Enfants pour
la recherche pédiatrique, rebaptisée The Belgian Kids' Fund. Parmi ces pères fondateurs se trouvait le
Professeur André Kahn qui fut, à l'hôpital comme dans le monde pédiatrique international, promoteur de nombreux
projets dont le but fut inlassablement l'amélioration de la vie et des soins de santé des enfants malades.
Cette bourse qui portera son nom et à laquelle nous vous invitons à participer est née du désir de transformer
un événement tragique, son décès brutal qui nous a laissés orphelins, en un geste d'espoir. Il revient à notre
Belgian Kids' Fund, mais aussi à tous ceux qu'il a rencontrés dans sa vie de professeur et de pédiatre :
grands-parents, parents, enfants, étudiants, collègues de continuer à porter le flambeau de son enthousiasme,
de sa grande générosité, de son intelligence curieuse et de sa foi en la recherche. Car c'est la recherche qui
rapproche la médecine pédiatrique des solutions aux problèmes médicaux et chirurgicaux, c'est elle qui reste
porteuse d'espoir.
|
Si vous désirez rendre hommage à la mémoire du Professeur André Kahn, tout en participant au grand défi qui est
celui d'améliorer la vie et la santé des enfants en Belgique et dans le monde entier, The Belgian Kids' Fund
vous invite à verser votre contribution au numéro de compte :
BOURSE « PROFESSEUR ANDRE KAHN »
310-1612029-72
La Bourse « Professeur André Kahn » sera octroyée chaque année et sera remise pour la première fois en 2005,
l'année même de la célébration des 10 ans de The Belgian Kids' Fund !
Tout don d'au moins 30 Euros fait l'objet d'une attestation d'immunisation fiscale.
|
 |
|
|
|